Ici, au sous-sol d’un bâtiment universitaire à Dresde en Allemagne, se joue le destin de millions de poussins: des chercheurs peaufinent une technique pour identifier le sexe des oeufs. L’enjeu: éviter de faire éclore les mâles, promis à une mort certaine.

Les coqs ne pondent pas d’oeufs et, dans la filière des poules pondeuses, n’ont pas d’autre utilité. Becs inutiles, les poussins de sexe masculin sont éliminés dès la naissance, en général broyés, à raison de 50 millions par an rien qu’en Allemagne. Un chiffre similaire en France, selon l’association de protection des animaux L214.

A la clinique universitaire de Dresde (est), Gerald Steiner, professeur en chimie analytique, et son équipe travaillent depuis quatre ans à leur éviter ce sort peu enviable, qui émeut l’opinion publique de plusieurs pays dont la France.

La technique est maintenant au point. Elle repose sur la spectroscopie, c’est-à-dire l’analyse du spectre lumineux, en l’occurrence des vaisseaux sanguins des embryons. La spectroscopie est utilisée en oncologie pour identifier des tumeurs car elle permet de distinguer cellules malades et cellules saines.

Une sélection dans la coquille

« Si on peut identifier une tumeur, pourquoi pas le sexe? », résume Roberta Galli, physicienne. Le projet occupe plusieurs équipes en Allemagne et deux entreprises privées. Y travaillent vétérinaires, chimistes, ingénieurs et physiciens.

Comment ça marche? Roberta Galli et sa collègue Grit Preusse prennent les oeufs. Ils ont été couvés trois jours, les vaisseaux sanguins sont formés. « Mais pas les cellules nerveuses, donc ils ne ressentent pas la douleur », précise Gerald Steiner. D’un point de vue éthique, il vaut donc mieux effectuer la sélection maintenant qu’une fois que les poussins sont sortis de l’oeuf.

Un laser creuse un sillon circulaire au sommet de l’oeuf, qui permet, en soulevant la coquille, de faire un trou. Visibles à l’oeil nu, les veines se dessinent dans le jaune d’oeuf, un minuscule coeur bat.

L’oeuf est ensuite déposé, une pièce plus loin, dans un gros caisson noir, un spectromètre. Sur un écran s’affiche le spectre des caractéristiques biochimiques du sang de l’embryon.

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